
Tout d’abord, je vous souhaite une merveilleuse année 2024 ! Qu’elle vous apporte de la douceur, de la joie, des fous rires, des rencontres et beaucoup de découvertes ! ✨✨✨
J’espère que vous avez passé d’excellentes fêtes de fin d’année ! De mon côté, j’en ai bien profité et j’ai été très heureuse de partager ces moments avec ma famille et mes amis. Seul petit bémol, la période n’est pas folle question santé, puisque j’ai terminé l’année avec une gastro et que je commence la nouvelle avec une bronchite. La joie des virus d’hiver ! À vrai dire, ce qui m’ennuie le plus est le retard que cela me fait prendre dans l’écriture de mon premier jet. Mais j’essaie de relativiser, même si c’est toujours un exercice compliqué pour moi.
Comme promis, je reprends notre échange au sujet de la création de mon prochain roman, Le Petit Vieux qui avait fait le tour du monde (titre à confirmer). À ce propos, un grand merci pour vos messages suite à la révélation du pitch de ce roman. Votre enthousiasme m’a fait chaud au cœur et donné une merveilleuse énergie pour l’écriture. Merci ❤️
J’en étais où ? Ah, oui, je voulais vous parler des recherches documentaires ! Un grand mot, d’ailleurs, pour parler des moments où je tombe dans des failles temporelles en surfant sur le web… J’aurais l’occasion d’en reparler dans une prochaine lettre, mais je dois tout de suite clarifier ce point : quand j’écris un roman, je passe beaucoup de temps à ne pas écrire en fait ; par exemple parce que je cherche des infos.
Sur le premier roman, j’ai surtout recherché des points de détails, dès que l’histoire touchait le réel. J’ai par exemple passé plusieurs jours à chercher le yacht de l’histoire, puis à dénicher des plans précis. Je me rappelle également avoir cherché des images de l’intérieur des bus à Cannes, pour être certaine de ne pas écrire de bêtises en le décrivant. Je vous parlerai d'ailleurs d'un autre détail un peu plus loin...
Cette fois-ci, avec Le Petit Vieux, je fais énormément de recherches, tant pour apporter de la crédibilité au texte que pour approfondir le récit.
Le personnage de Pierre m’a évidemment amené à faire beaucoup de recherches historiques. La personne qui m’a inspiré le personnage m’a raconté beaucoup d’anecdotes qui ont eu lieu dans le monde entier, de 1942 à 1974 environ. Pour chacune, j’ai recherché le contexte historique, des photos d’époque, et éventuellement d’autres témoignages. Je suis ainsi devenue une grande habituée des forums de marins, et incollable sur la Guerre d’Indochine, alors le sujet ne représente qu’un ou deux chapitres dans le livre. À chaque fois, je cherche à visualiser et à ressentir ce qui a eu lieu, et voir si l’anecdote peut évoquer quelque chose d’autre.
Par exemple, j'ai appris que la personne qui a inspiré le personnage de Pierre a fait un vol transatlantique à bord d’un Super Constellation. Je n’avais jamais entendu parler de ces avions avant, et j’ai décidé de creuser le sujet, par curiosité. J’ai découvert que c’était un avion mythique, un peu l’équivalent du Concorde, mais dans les années 50-60. J’ai lu pas mal de choses sur le sujet, et j’ai décidé de lui accorder un petit paragraphe dans le roman, pour partager cette découverte. Et comme ici, je peux vous mettre des photos, en voici quelques-unes pour vous donner une idée de l’engin et de sa modernité pour l’époque (1954).



Parfois, je me laisse porter de page web en page web pour finir… au beau milieu de nulle part ! Mais c’est le jeu, et les recherches liées au personnage de Pierre ont toutes été passionnantes. J’adore apprendre des tonnes de choses, certes pas toujours utiles pour mon roman, mais enrichissantes. En fait, j’ai même trouvé que c’était des recherches assez faciles, puisque tout était découvrable en ligne.
Le personnage de Zoé, en revanche, me donne plus de difficultés. Il s’agit donc d’une adolescente de 17 ans, presque 18. Dès le début du projet, je savais qu’elle était en terminale, avec le désir de quitter Saint-Renan dès son bac en poche. Petit détail, je n’ai pas d’adolescent de cet âge dans mon entourage.
Tout d’abord, au moment de construire le personnage, j’ai découvert le système scolaire version 2023. Pour commencer, il m’a fallu trouver dans quel lycée elle serait affectée, quel bus elle prendrait et où, et surtout… comprendre le système Parcoursup et son calendrier ! Comme mon roman se déroule tout au long de cette année scolaire, et que l’enjeu de Zoé est justement son orientation, il est vite devenu évident que je ne pouvais pas faire l’impasse sur Parcoursup et qu’il fallait que je comprenne son fonctionnement et ses répercussions sur la vie de Zoé. Je ne vous cache pas que mon chéri s’est beaucoup moqué de moi et de ma nouvelle passion insolite !
Et pourtant, je n’étais pas au bout de mes peines ! Une fois tous ces aspects maîtrisés, je me suis confrontée à une question majeure : comment parle une adolescente de 17 ans aujourd’hui ? Elle ne parle évidemment pas de la même manière qu’une trentenaire. Quels sont les mots typiques, les expressions, les tournures de phrases, les références ? Je n’en avais pas la moindre idée. Du coup, j’ai commencé à chercher sur Internet… Sauf que c’est beaucoup plus facile de trouver des forums d’anciens marins que des forums de lycéens. A priori, les forums sont définitivement has been ! J’ai trouvé des listes d’expression de jeunes, mais je me demande si elles ne sont pas caricaturales. J’ai fini par chercher des comptes Instagram, mais je n’ai pas trouvé mon bonheur. (C'est bien, les lycéens protègent leur intimité et mettent leur compte en privé. En attendant, ça n'arrange pas mes affaires ! ) Il me reste l’option TikTok, mais j’avoue que ça ne m’inspire pas outre mesure. Bref, si ça continue comme ça, je vais tout bonnement aller m’installer dans un café en face d’un lycée et laisser trainer mes oreilles !
Vous écrire cette lettre à ce sujet m’a d’ailleurs fait prendre du recul sur cet aspect de mon travail. Je me suis rendu compte que j’étais peut-être excessive dans mes recherches. Est-ce que j’ai besoin que tous les éléments soient à ce point réaliste ? Après tout, c’est une histoire, une fiction. Pourtant, j’aime l’idée d’entrelacer étroitement le réel et l’imaginaire, en tout cas, dans ce type de récit.
J’ai aussi l’impression qu’un élément incongru pourrait casser l’immersion du lecteur dans l’histoire. Il y a quelque temps, j’ai lu un livre où l’héroïne souffrait d’allergies. Dès les premières pages, elle explique que dès que son nez commence à couler, elle prend de la Ventoline. En l’espace de quelques pages, le sujet revient sur le tapis, et à chaque fois, elle prend de la Ventoline pour arrêter son nez qui coule. Or, il se trouve que je suis également allergique - et asthmatique, de surcroît. Je suis donc bien placée pour savoir que la Ventoline fonctionne très bien pour les crises d’asthme, mais ne sert strictement à rien pour une rhinite allergique. En lisant ces bêtises, cela m’a profondément agacée et complètement sortie de l’histoire. Et je me suis dit que c’était bête de laisser un détail pareil gâcher une histoire, et que si l’auteur avait creusé son sujet, cela aurait pu facilement être évité. Encore une fois, c’est peut-être moi qui suis excessive, et je suis certaine que plein d’autres lecteurs n’ont pas du tout été gênés par ce point de détail. Mais étant aussi sensible aux inexactitudes et aux incohérences en tant que lectrice, cela me rend un peu maniaque sur les recherches en tant qu’autrice !
Une de mes grandes angoisse est d’écrire quelque chose d’incorrect en pensant savoir et apprendre ensuite par un lecteur que j’ai écrit une ineptie. Alors, je cherche, je vérifie et je revérifie !
D’ailleurs, je sais maintenant qu'au moins l'un de mes lecteurs est aussi maniaque que moi, ce qui ne m’encourage pas à arrêter ces vérifications compulsives. Après avoir lu La nuit où elle a allumé l’étincelle, il m’a avoué s’être par exemple interrogé sur la position du soleil dans certaines scènes, considérant l’heure, la saison et le lieu. Il avait finalement conclu que le passage était crédible. Je n’ai pas osé lui dire tout de suite que j’avais vérifié les heures de coucher de soleil ainsi que l’orientation du port au moment de corriger le manuscrit et que j’étais donc certaine que tout se tenait !
Et vous, quel type de lecteur êtes-vous ? Vous vous laissez porter par l’histoire ou êtes-vous sensible aux petites ou grandes incohérences ? Est-ce que c’est important pour vous que tout soient crédible voir exact ?
Avant de vous laisser, je profite de l’occasion pour tenter ma chance auprès de vous, si d’aventure vous avez des lycéens dans votre entourage…
En ce moment, je me pose 3 questions essentielles (interdiction de vous moquer !) :
• Est-ce qu’ils disent toujours bahut pour parler du lycée ?
• Comment est présentée la guerre d’Indochine dans les manuels scolaires de terminal ? Est-ce traité, pas du tout, ou est-ce juste évoqué vite fait ?
• Est-ce qu’ils connaissent Edith Piaf ?
Si vous avez la réponse à l’une ou plusieurs de ces questions, je vous serai infiniment reconnaissante !
À très vite,
Léonie
PS : Dans un élan d'énergie et d'enthousiasme suprenant, j'ai publié ce matin sur le blog mon bilan d'autrice 2023 et perspectives 2024. Bonne lecture !