5 - La Bêta-lecture

Actuellement, je suis en train d’écrire les tout derniers chapitres de mon premier jet et, si tout va bien, je commencerai les corrections dès la semaine prochaine. Une fois que je serais satisfaite, que j’aurais l’impression d’avoir écrit le meilleur texte possible du mieux de mes capacités, je l’enverrai à mes bêta-lecteurs. Ce sont les bêta-testeurs des romans. Pour moi, leur rôle tient en deux grandes parties. D’abord me dire si l’histoire fonctionne. Ensuite, me montrer que je peux encore faire mieux.

Dire si l’histoire fonctionne

Est-ce que j’ai réussi à raconter l’histoire que je voulais ?

Sur mon premier roman, c’était une angoisse énorme, du fait que mon livre était à la jonction du feel-good, du développement perso, de la chick lit et de la new romance. Je me demandais vraiment si j’avais réussi à tenir ma ligne de crête : raconter une histoire intéressante, créer des émotions positives, embarquer mes lecteurs et partager un message.

En tant qu’autrice, je savais ce que j’avais voulu écrire. Mais je ne savais pas du tout si j’avais réussi à l’écrire, si c’était ce qu’allaient lire mes lecteurs. Je n’oublierais jamais l’appel de ma première bêta-lectrice, Nolwenn, quand elle a fini de lire le manuscrit et qu’elle m’a déclaré avec ferveur : « ça fonctionne ! ». L’émotion que j’ai ressentie à ce moment-là était magique. Nous avons ensuite longuement discuté de ce qu’elle avait pensé et ressenti au fil de la lecture, ce qui m’a confirmé que ce qu’elle avait lu était exactement ce que j’avais voulu écrire. Quelle joie intense pour moi !

Un texte est toujours une co-construction entre l’auteur et le lecteur. C’est la rencontre des deux sensibilités qui crée le récit et les émotions. Chaque lecture est unique, puisque chaque lecteur l’est également. C’est pourquoi il me parait primordial de confronter son texte à un échantillon de personnes avant publication. Les retours seront évidemment différents, c’est d’ailleurs tout l’intérêt, mais cela permet déjà de dégager des tendances. Si des personnes d’horizons différents sont conquises par le roman, c’est déjà rassurant !

Rendre le texte encore meilleur

Quand j’envoie mon texte en bêta-lecture, je l’ai déjà retravaillé depuis plusieurs semaines. Je vous en parlerai plus en détail la prochaine fois – surtout que je serai en plein dans mes corrections – mais pour faire bref, j’ai relu mon texte, défini mes axes d’améliorations, et je les ai retravaillés méthodiquement. Arrivée au bout, mon texte commence à me sortir par les yeux, et je ne vois plus ce que je peux apporter d’autre.

C’est le moment idéal pour que d’autres personnes y jettent un regard tout neuf. Mes bêta-lecteurs vont me dire quels passages les enthousiasment et lesquels leur semblent un peu longs. Sur le premier roman, elles ont par exemple attiré mon attention sur des paragraphes maladroits, nébuleux ou répétitifs. (Oui, parfois, pour être sûre de bien faire passer le message, j’ai tendance à en faire trop !). Elles soulignent également des incohérences, des maladresses, des petites erreurs (« dis, tu ne te serais pas trompée de prénom à cet endroit ? »).

Pour moi, ces retours sont une aide extrêmement précieuse. Les retours positifs me mettent dans une joie incroyable et me motivent à peaufiner encore mon texte (sauf quand on me dit « surtout ne change rien, ce passage est parfait ! »). Les critiques constructives me permettent quant à elles de voir des choses qui m’avaient échappé. Je réalise alors que je peux faire encore mieux que ce que je pensais possible au départ. Non seulement, cela fait grandir mes capacités d’autrice, m’ouvrent de nouveaux horizons, mais elles rendent mon texte meilleur. Et c’est ce que je veux : vous proposer le meilleur roman possible.

Pour en revenir à l’exemple du premier roman, plusieurs bêta-lectrices m’ont signalé que le comportement de Charlotte devenait parfois agaçant. J’en avais trop fait. J’ai donc corrigé en raccourcissant certaines scènes et certains monologues intérieurs, et en ajoutant quelques petites scènes positives pour alléger cela. Le résultat n’est sûrement pas parfait (est-ce que la perfection existe ?), mais je suis convaincue que cette nouvelle version du roman est meilleure que la précédente. Ce sont également les retours de mes bêta-lectrices qui m’ont poussé à évoquer le passé familial de Charlotte, alors que je n’en parlais pas dans la version qu’elles ont lue.

Comment ça se passe ?

Quand j’ai fini de corriger mon texte, je l’envoie en numérique. Les bêta-lecteurs ont alors quelques semaines pour le lire et le commenter.

A minima, je demande un commentaire à la fin de chaque chapitre, ou au moins tous les deux ou trois chapitres, si vous n’avez pas envie de vous couper dans votre lecture. Cela peut être très court. Ce qui m’intéresse, c’est de connaitre votre ressenti au fil de la lecture. Est-ce que vous êtes impatient de lire la suite ou est-ce que vous vous ennuyez ? Est-ce que vous vous projetez dans la suite de l’histoire en anticipant les évènements à venir ? Que vous inspire le personnage introduit dans ce chapitre ? Est-ce que vous ressentez des émotions particulières ou sans plus ?

À la fin de la lecture, j’envoie un questionnaire pour guider votre retour global. Ce qui a plu, ce qui a moins plu, comment vous voyez chaque personnage, si vous avez relevé des incohérences dans l’histoire. Je pose également des questions plus précises, sur des points particuliers qui m’inquiètent.

Idéalement, j’adore les commentaires au fil du texte pour savoir ce qui est bien (une réplique sympa, un passage réussi, une phrase qui a fait rire ou sourire) et ce qui fait tiquer (une erreur de prénom, une phrase maladroite, un comportement incohérent ou non crédible, un paragraphe nébuleux). Cela me permet d’aller encore plus loin dans le travail du texte. Certains bêta-lecteurs indiquent leur émotions avec des emoji, je trouve cela génial.

Les commentaires sont insérés directement sur sur un document partagé en ligne (Google doc), pour m’éviter de me retrouver avec une dizaine de manuscrits papier sur mon bureau.

Et l’orthographe ? Avant d’envoyer le texte, je fais un gros boulot de correction orthographique, essentiellement pour rendre la lecture agréable. Cependant, il reste encore des fautes, mais c’est trop tôt pour s’en préoccuper : on ne passe pas le vernis avant la dernière couche de peinture. Le texte va encore évoluer, et des paragraphes entiers vont sûrement être réécrits ou tout au moins modifiés. Après la bêta-lecture et mes dernières corrections, j’enverrai le texte à une correctrice professionnelle qui sera chargée de traquer la moindre coquille. Le vernis, c’est son boulot à elle !