
Je commence à avoir une routine en place : le matin, je corrige le roman, et l’après-midi, je profite du moindre rayon de soleil pour passer une heure ou deux au jardin avant de revenir travailler sur d’autres projets. Au départ, je me suis dit que c’était nécessaire à mon équilibre physique et mental, après avoir passé l’hiver assise devant mon ordinateur. Puis, quand c’est devenu une routine quasi quotidienne, j’ai commencé à culpabiliser.
Est-ce que je ne ferais pas mieux de passer deux heures à corriger mon texte plutôt qu’à gratouiller la terre ? Est-ce que je me donnais suffisamment à fond ? N’avais-je pas l’impression d’avancer trop lentement dans mes corrections ?
Je suis censée être autrice à plein temps ou presque. À l’origine, je m’étais donc imaginée travailler 8 heures par jour sur mon texte. À vrai dire, dans ma carrière précédente, je travaillais même régulièrement 10 heures par jour. Maintenant que j’écris, cela me semblait évident que j’allais consacrer autant de temps et d’énergie à l’écriture.
Sauf que…
Je suis absolument incapable de travailler 10 heures ou même 8 heures d’affilée sur mon manuscrit. Et croyez-moi, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Ma limite maximum, pour le moment, c’est entre 4 et 5 heures. Au-delà, j’ai l’impression que mon cerveau est complètement desséché. Je peux rester assise devant mon clavier, mais il ne se passe plus grand-chose.
J’ai vraiment tout essayé pour travailler l’après-midi sur mon texte : faire une courte pause, faire une longue pause, regarder une série, jardiner, lire… Rien ne marche. Je ne retrouve jamais un niveau de productivité équivalente à celle du matin. Pire, quand je force, je ne suis même plus capable de travailler sur mes autres activités. Je bloque complètement.
Cette semaine encore, je me suis beaucoup remise en question sur ce rythme pas assez soutenu à mon goût. Au point de m’en ouvrir lors d’une discussion avec mon mari et mon frère. Ce qu’ils m’ont répondu m’a beaucoup fait réfléchir sur mon travail d’écrivaine.
Mon frère m’a demandé si du temps où je travaillais 8 à 10 heures par jour, j’étais vraiment efficace et productive à 100% lors de ma journée… Euh… Nope ! Effectivement, il y avait toujours des passages à vide à un moment de la journée, des instants où je surfais en ligne, je faisais du rangement ou bien je papotais avec collègues. Sans compter les jours où j’étais simplement crevée et que je faisais plus ou moins acte de présence.
Il m’a fait comprendre que maintenant, quand je me rendais compte que je n’étais plus efficace à 100%, j’arrêtais simplement de travailler, puisque rien ne m’obligeait à rester à mon poste. Et que c’était très sain, puisque cela me permettait de prendre du recul. Selon lui, mieux valait travailler à 100% pendant 4 heures qu’à 30% pendant 8. Cela m’a parlé.
Ensuite, mon mari a pris la parole.
— Sinon, tu travailles combien de jours par semaine sur ton texte ?
Ah oui. Je n’avais pas pris ça en compte, non plus. Effectivement, je travaille 7 jours sur 7. Tous les matins, je me lève, je me prépare un café et je m’installe devant mon roman. Tous les jours depuis presque 6 mois. Le week-end, la seule différence, c’est que je ne travaille sur rien d’autre pendant le reste de la journée, et que je m’arrête plus tôt si nous avons quelque chose de prévu.
— Donc, de base, tu travailles déjà, quoi, 30 heures par semaine sur ton roman ?
Effectivement. Et je ne m’en étais même pas rendu compte.
Il n’avait pas terminé.
— Et sinon, tu réfléchis uniquement à ton roman quand tu es sur ton ordinateur ?
Oups. Non, loin s’en faut. Même quand je jardine, je pense à mon roman. En fait, j’y pense toute la journée, plus ou moins consciemment. C’est peut-être même pour ça que je suis si efficace le matin quand je m’installe à mon bureau. Depuis la veille, je pense aux scènes que je viens d’écrire ou de corriger, au comportement de mes personnages, à ce que j’aimerai améliorer…
En fait, quand on y pense, l’écriture ne se résume pas à écrire proprement dit. Il y a tout ce qu’il y a autour…

Taper le texte à l’écran n’est que la partie la plus tangible de mon travail. D’ailleurs, mon chéri le sait parfaitement, puisqu’il m’entend réfléchir à haute voix, commenter la série que l’on regarde ou un article de journal, prendre des notes sur mon téléphone…
C’est quelque chose que j’avais beau savoir, je n’avais pas été jusqu’au bout de la réflexion. Maintenant, je me réconcilie un peu avec l’idée que même si je ne corrige mon texte que 4 ou 5 heures par jour, je ne suis pas une fainéante pour autant !
Et vous, avez-vous tendance à vous remettre en question trop facilement ? À culpabiliser de ne pas en faire assez ? De mon côté, c’est vraiment un vilain défaut sur lequel je travaille. J’espère bien m’en débarrasser, un jour. Si vous avez des astuces, je suis preneuse !