
— Venez, les filles, elles ont raison. On ne peut plus continuer ainsi, à s’échiner chaque jour de notre vie pour gagner à peine de quoi se nourrir. Ce n’est pas une vie !
Autour d'elle, toutes avaient approuvé et elles avaient abandonné leur poste, sous les vociférations outrées de la contremaîtresse. L’instant suivant, Yvonne et ses collègues défilaient dans la rue, chantant à tue-tête la chanson interdite que tous les usiniers abhorraient. »
Le voyage de mille lieues - chapitre 11, Yvonne 34 ans, 1924
Interdite dans les usines — certaines sardinières furent même licenciées pour l’avoir chantée — cette chanson est devenue le symbole de la grande grève sardinière de 1924. Je vous propose de la découvrir chantée par une foule, à l'occasion du centenaire de la grève, en novembre 2024.
A l'origine, cette chanson n'est pas du tout bretonne.
Elle a été écrite en 1902 par un parolier de Roubaix, Henri Simoens (1841-1907), sous le titre de Salut aux ouvriers. La chanson a ensuite été reprise par Gaston Blondelon, qui s'en est attribué la paternité avant de devenir l'hymne emblématique des sardinières. Pour en savoir plus sur cette chanson et Henri Simoens, je vous conseille ce blog :
Dès le matin au lever de l'aurore
Voyez passer ces pauvres ouvriers
La face blême et fatigués encore
Où s'en vont-ils ? Se rendre aux ateliers.
Petits et grands, les garçons et les filles
Malgré le vent, la neige et le grand froid.
Jusqu'aux vieillards et mères de famille,
Pour le travail, ils ont quitté leur toit.
Saluez, riches heureux,
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions
Ces ouvriers, en quittant leur demeure
Sont-ils certains de revenir le soir ?
Car il n'est pas de jour ni même d'heure
Que l'on n'en voit victimes du devoir !
Car le travail est un champ de bataille
Où l’ouvrier est toujours le vaincu.
S’il est blessé, qu’importe qu’il s’en aille
A l’hôpital, puisqu’il n’a pas d’écus !
Saluez, riches heureux,
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions
Combien voit-on d'ouvriers, d'ouvrières
Blessés soudain par un terrible engin,
Que reste-t-il ?Pour eux c'est la misère,
En récompense, aller tendre la main.
Et sans pitié, l'on repousse ces braves
Après avoir rempli le coffre d'or.
Les travailleurs ne sont que des esclaves
Sous le courroux des maîtres du trésor.
Saluez, riches heureux,
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions
Que lui faut-il, à l'ouvrier qui travaille ?
Etre payé le prix de sa sueur.
Vivre un peu mieux que d'coucher sur la paille
Pour son repos, après un dur labeur
Avoir du pain au repas sur la table
Pouvoir donner ce qu’il faut aux enfants
Pour son repos, un peu de confortable
Afin qu’il puisse se reposer plus longtemps