
Alors que l’oratrice n’avait de toute évidence pas achevé son discours, la foule s’échauffa, s’interpella, s’agita. En quelques minutes, un nouveau mot d’ordre résonna sous les halles, comme un cri de guerre.
— Pemp real a vo ! Nous voulons 25 sous !
Sans se concerter, certaines se mirent alors en mouvement, bras dessus, bras dessous, et commencèrent à chanter leur revendication comme une ritournelle pleine de défi.
— Pemp real a vo, pemp real a vo, pemp real !
Le voyage de mille lieues - chapitre 11, Yvonne 34 ans, 1924
Pemp real a vo : le célèbre mot d'ordre des sardinières, qu'elles ont scandées sur les pavés. Je vous propose de l'écouter au début de cette vidéo, tournée lors d'une reconstitution à l'occasion du centenaire de la grève des sardinière.
Sur cette vidéo, vous entendrez ensuite une chanson que j'aime beaucoup et que j'aurais adoré intégrer dans le roman : le chant des Penn Sardin.
Le chant des Penn Sardin a été écrit en 2005 par Claude Michel, accordéoniste et parolière engagée, à l'occasion d'une intervention dans un lycée de Douarnenez.
Depuis, ce chant est devenu un hymne de ralliement dans de nombreuses manifestations.
Il fait encore nuit, elles sortent et frissonnent
Le bruit de leurs pas dans la rue résonne.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
À dix ou douze ans, sont encore gamines
Mais déjà pourtant elles entrent à l’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
Du matin au soir nettoient les sardines
Et puis les font frire dans de grandes bassines.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
Tant qu’il y a du poisson, il faut bien s’y faire
Il faut travailler, il n’y a pas d’horaires.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
À bout de fatigue, pour n’ pas s’endormir
Elles chantent en chœur, il faut bien tenir
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
Malgré leur travail, n’ont guère de salaire
Et bien trop souvent vivent dans la misère.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà les ouvrières d’usine.
Écoutez l’ bruit d’ leurs sabots,
voilà qu’arrivent les Penn Sardin.
Un jour toutes ensemble ces femmes se lèvent
À plusieurs milliers se mettent en grève.
Écoutez claquer leurs sabots,
écoutez gronder leur colère.
Écoutez claquer leurs sabots,
c’est la grève des sardinières.
Après six semaines toutes les sardinières
Ont gagné respect et meilleur salaire.
Écoutez claquer leurs sabots,
écoutez gronder leur colère.
Écoutez claquer leurs sabots,
c’est la grève des sardinières.
Dans la ville rouge, on est solidaires
Et de leur victoire les femmes sont fières.
Écoutez claquer leurs sabots,
écoutez gronder leur colère.
Écoutez claquer leurs sabots,
c’est la grève des sardinières.
À Douarnenez et depuis ce temps
Rien ne sera plus jamais comme avant
Écoutez l’bruit d’leurs sabots,
c’en est fini d’leur colère
Écoutez l’bruit d’leurs sabots,
c’est la victoire des sardinières